Association Européenne de Psychanalyse

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Psychanalyse aujourd'hui

Combien de charlatans?
JACQUES-ALAIN MILLER, 60 ANS, Normalien, psychanalyste, fondateur et animateur de l’Ecole de la cause freudienne, directeur du département de psychanalyse de Paris-VIII - Gendre de Lacan:
«Il n’y a pas de plaintes en justice contre des analystes»

LE P0INT: Pourquoi les analystes n’ont-ils pas une formation de psychologues?
JACQUES-ALAIN MILLER: Les analystes ont systématiquement une formation d’analyste, et ce n’est pas une mince affaire: ‘a va des dysfonctionnements de l’individu à ceux de la civilisation. La grande difficulté, c’est la crise de l’université : elle peine à assurer sa mission de formation humaniste. Nous faisons ce que nous pouvons pour y suppléer. J’ai créé en France 25 étabìissements qui enseignent à plus de 1000 étudiants la clinique analytique, le plus souvent en liaison avec des hôpitaux et des centres de soins.

L. P.: Votre opposition véhémente à l’amendement Accoyer est-elle liée au fait que beaucoup d’analystes de l’Ecole de la cause freudienne ne seraient ni psychiatres ni psychologues?
J-A. M.: Vous êtes mal renseignée: pour une moitié, ils sont médecins, pour l’autre, psychologues; ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre sont très peu nombreux, et la formation clinique est notre spécialité : nous sommes appelés à l’enseigner dans toute l'Europe.

L. P.: Comment expliquez-vous que si peu de psychiatres (1% ) soient forrnés à la psychanalyse?
J.-A. M.: Ce 1% n’est qu’un fantasme. La verité, c’est que l’administration
rêve de transformer le thérapeute en technicien appliquant mécaniquement des protocoles. Le résultat, nous le voyons en Suède, aux Etats-Unis: on perd le sens humain des maladies mentales, et aussi la notion du danger très réel de certaines. Et alors, le coût social est immense. Avec des questionnaires, on peut dépister une phobie; une paranoia, c’est plus dur. Heureusement, la grande majorité des psychiatres français pratiquent une psychiatrie humaniste, irriguée parla psychanalyse.

L.P.: M. Accoyer présente dans cette interview la psychanalyse comme une pratique élitiste...
J-A. M.: Aujourd’hui, dire sa plainte et se faire écouter est vécu comme un droit de l’homme. Quand vous refusez quelqu’un comme patient, vous lui faites éprouver un sentiment de déchéance. Mieux vaut le plus souvent l’accepter, quitte à moduler l’acte analytique. On peut même faire suivre ce patlent, en parallèle, par un médecin prescripteur. Dans ce cas, ce n’est plus de la psychanalyse pure, mais de la psychanalyse appliquée : elle connaît un énorme développement. En revanche, les thérapies qui encouragent le sujet à s’autosuggestionner — et c’est le cas des méthodes dites «cognitivo-comportementalistes» — sont ou inopérantes ou nocives, justement parce qu’elles abusent de l’idéal: le «moi» ne demande qu’à croire en son pouvoir sur lui-mine, mais le «ça» finit toujours par se venger.

L. P.: Quelle garantie le patient a-t-il face à un analyste?
J.-A. M.: Il n’y a pas de plaintes en justice contre des analystes, alors qu’il y en a haut comme ça contre des prêtres. L’expérience prouve que la sélection pratiquée dans les écoles de psychanalyse est extraordinairement fiable.

LE P0INT: Mais c’est vous, l’analyste, qui fixez la durée des séances et le prix...
J.-A. M: Il n’y a qu’une façon d’avoir la garantie qu’il n’y aura pas de surprise, c’est de prendre une assurance. Vous aurez droit à quelques petites séances bien cubées et prépayées, où on vous appliquera gaiement des technlques du genre: «Vous êtes angoissé, c’est parce que vous vous faites du souci pour rien.» Une analyse, c’est autre chose: ce n’est pas remboursé, mais ça décoiffe!

Propos recueillis par Catherine GoIiau

"Combien de Charlatans?", Le Point 1639, 12 février 2004, p. 65

 

Cher Monsieur,

je vous remercie beaucoup pour ce texte qui, venant de Miller, ne peut qu’interesser grandement notre debat. J’ai noté quelques passages qui m’ont laissé un peu perplexe: interrogé sur le nombre d’adhérents non medecins et non psychologues dans son association, Miller apparait contradictoire en repondant que la moitié sont psychiatres, l’autre moitié sont psychologues et en ajoutant que ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre sont peu nombreux. je ne suis pas très fort en math, mais il suffit de deux moitiés pour faire un tout! par ailleurs, soutenir que le comportementalisme est inoperant est faux. Il suffirait de considerer les temoignages des patients pour s’en apercevoir. Le comportementalisme, comme beaucoup d’autres psychothérapies, s’interessent en effet au moi ideal et à son renforcement, ce qui est contraire au contrat analytique basé sur une finalité de connaissance, mais respecte le contrat therapeutique concordé normalement des le début de la cure avec les patients. je me demande si cette position de Miller est avantageuse pour la psychanalyse. Par contre, je suis d’accord avec Miller en ce qui concerne la volonté dangereuse qui apparait aussi dans la loi Accoyer de rendre toujours plus techniques les soins en matière psychologique par l’adoption quasi maniacale de protocols d’intervention. Comme ajoute très justement Miller, la santé psychologique ou mentale est un problème qui aujourd’hui doit concerner avant tout les droits de l’homme... 

Antoine Fratini

Cher monsieur,

Je laisse le soin à Jacques-Alain Miller le droit de refaire de nouveau ses comptes quand au nombre de psychiatres et de psychologues membres de son école. Beaucoup d’analystes n’ont pas de diplômes cliniques, mais ils ont reçu une formation spécifique au sein de leurs écoles. Ce qui m’interroge le plus dans les commentaires de Miller est le fait qu’il discrédite les thérapies comportementalistes, lesquelles, bien que contraire au contrat analytique, sont parmi les rares thérapies dont les résultats ont été scientifiquement prouvés, avec en fonction des symptômes, des réussites de 50 à 80% ( il est bien évident, qu’il ne faut pas comparer ces techniques psychothérapeutiques avec la psychanalyse). Je crois que disqualifier les différentes thérapies, et Dieu quelles sont nombreuses, ne résoudra pas le problème d’une société de plus en plus standardisée et psychiatrisée. On est en train de confondre trouble mental et souffrance psychique. Le vrai combat aujourd’hui, ce ne sont pas les thérapies cognitivo-comportementalistes, c’est le droit à la liberté psychique. Donner le pouvoir aux psychiatres, c’est donner le pouvoir aux médicaments et aux experts.

Bien à vous


Jean-Claude Dijon-Vasseur

 

Monsieur Fratini bien le bonjour de France,

c'est en lisant Le patient, le thérapeute et l'état (français) d'Élisabeth Roudinesco (éditions Fayard) que je me suis demandé, une fois de plus, ce que vous pensiez de la chasse aux "psychothérapeutes charlatans", dont on apprend, notamment la délation des psychanalystes en remettant aux ministres de la santé française la liste des psychothérapeutes ?
Ce livre, très agréable à lire, en apprend beaucoup sur le paysage psy français.

Bien à vous et au plaisir

 Michel Pierre Zurawski

Cher monsieur,

je vous remercie de votre intervention. Voici en quelques mots ma pensée sur la situation à laquelle vous vous référez. Au moyen âge le bien de l'âme était laissé aux soins et au pouvoir de l'église. L'interêt populaire croissant envers les pratiques de l'occulte (magie, alchimie, spagirie...) mettait en danger l'hégémonie de l'église qui a inventé la chasse aux sorcieres et insisté sur le fléau du péché pour résoudre le problème par la purification. Aujourd'hui le pouvoir sur la santé psychique est détenu par la corporation des medecins psychiatres et par les multinationales des médicaments. La psychothérapie et surtout la psychanalyse gênent l'expansion de la politique des corporations et des multinationales qui ont inventé la figure du charlatan et le nouveau fléau de la psychanalyse libre afin de résoudre le problème par la médicalisation. Le parallèle n'est pas gratuit. En effet, les charlatans de l'âme d'aujourd'hui n'existent pas davantage que les sorcières du moyen age, car comme signale Miller dans sa dernière interview sur la revue Le point, personne n'a jamais porté plainte contre les psychanalystes. Ce qui n'est poutant pas le cas des psychiatres qui utilisent encore des procédés coercitifs, ni des psychologues qui determinent souvent le futur des employés avec leurs tests. Psychiatres et psychologues sont pourtant bien les deux categories que voudrait representées l'amendement Accoyer dans le fameux jury qui devrait certifier la professionalité des psychotherapeutes non alignés...

Bien à vous 

Antoine Fratini


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