Association Européenne de Psychanalyse

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Psychanalyse - Loi sur les psys
Entretien: André Green s'exprime

avec un commentaire par Antoine Fratini

L’interview d’André Green publiée récemment sur la revue Le Point me parait très significative de la confusion qui règne encore sur la psychanalyse et qui semble, pour le moment, très difficile à dissiper. C’est pourquoi j’ai pensé qu’elle méritait un petit commentaire, toujours dans le souci d’apporter des éclaircissements en cette période historique plutôt difficile pour une discipline appelée justement à s’ouvrir et à se confronter aux pouvoirs publics en vue d’une réglementation dont elle s’était pourtant très bien passée jusqu’à présent. Comme nous le verrons, la confusion à laquelle je me rèfère s’exprime dans le texte par l’emploie d’une terminologie pas toujours appropriée à la psychanalyse. Le choix des termes est en ce cas d’autant plus important car il est en mesure de créer des contradictions significatives et des sofismes puissants; je reprendrai donc point par point les propos qui m’ont semblé particulièrement aptes à les evidencer (A.F.).

C'est un des grands psychanalystes de notre époque. Auteur d'une oeuvre théorique majeure, André Green a également tenu un rôle important dans les institutions psychanalytiques françaises et internationales. Il ne s'était pas encore exprimé sur l'amendement Accoyer et sur les remous provoqués par l'intervention du législateur dans le domaine des psys.

Propos recueillis par Roger-Pol Droit

André Green est l'une des voix les plus compétentes. Médecin formé à la psychiatrie, psychanalyste proche un temps de Jacques Lacan, avec qui il a rompu en 1967, ami de Winnicott et de Bion, ce praticien connaît tous les aspects de ce domaine multiforme.

C'est pourquoi il apporte des éléments nouveaux au dossier déjà publié par Le Point. André Green est en effet favorable à une législation, critique envers celle qui a été votée et très hostile à la campagne de «résistance» orchestrée par Jacques-Alain Miller. Sa voix singulière vaut d'être entendue.

LE POINT : Refusez-vous le principe d'une intervention du législateur dans le domaine des psychothérapies et de la psychanalyse?

ANDRÉ GREEN : Evidemment pas. Comment contester la préoccupation des pouvoirs publics de protéger les usagers? C'est ce qu'on attend d'un gouvernement! D'ailleurs, une action pour diminuer le désordre était devenue inévitable depuis longtemps. En 1989, quand j'étais président de la Société psychanalytique, j'avais même recommandé que nous prenions les devants pour éviter de nous voir imposer de mauvaises mesures. Cela avait provoqué une levée de boucliers...

De quel “désordre” entend donc parler Green? Il ne nous est hélas pas possibile de le savoir. Nous constatons seulement qu’une telle réponse contient une affirmation gratuite qui donne pour acquis qu’il esiste un désordre. Or, “désordre” est un terme fort. Qui dit désordre dit danger. Ceci est suffisant pour que l’Etat puisse et ait même le devoir de mettre son nez dans l’affaire. Nous savons que ce genre d’interview se fait de nos jours presque toujours par poste electronique et que les articles sont toujours revus par leurs auteurs avant d’être publiés. L’emploie du terme “désordre” ne devrait donc pas être fortuit, ce qui nous fait penser que l’auteur connait bien et utilise sans trop de scrupule des techniques de comunication qui sont peut être efficaces en politique mais qui sont aussi très lointaines de la psychanalyse et de son éthique (A.F.)

L.P.: Etes-vous donc satisfait par les textes qui viennent d'être votés? 

A.G.: Pas du tout, parce que l'action récente des pouvoirs publics est marquée par l'ignorance et l'insuffisance d'information. Elle a subi à la fois la pression des médias et des corporatismes, au lieu de résulter d'un vrai travail pour s'informer. Ce travail de fond est d'autant plus indispensable que la psychiatrie est un champ de bataille. On voit s'y confronter les partisans du «tout se passe dans le cerveau» et ceux du «tout se passe dans les relations humaines et les conditions sociales», les intérêts matériels de l'industrie pharmaceutique, l'opposition entre les psychiatres et les psychothérapeutes, entre les analystes et les non-analystes, entre les lacaniens et les non-lacaniens... En fait, aucune des institutions qui se sont prononcées n'a une connaissance suffisante du dossier. Ni les députés, ni les sénateurs, ni l'Académie de médecine et l'ordre des médecins, ni l'Université ne connaissent vraiment les problèmes de la psychiatrie et ceux de la psychothérapie.

L.P.: Quelles sont à votre avis les principales erreurs commises?

A.G.:  La nouvelle réglementation va privilégier indûment le rôle des médecins psychiatres et des psychologues. Les psychiatres auraient vocation à exercer la psychothérapie, mais on ne voit pas au nom de quoi cette vocation existerait, car il est parfaitement possible d'avoir une formation psychiatrique complète sans avoir la moindre notion de psychothérapie! Il a été établi que 70% des psychiatres pratiquent des psychothérapies, mais il reste impossible de savoir s'ils se sont donné une formation adéquate, à titre privé et personnel, ou s'ils ont bricolé quelque chose par leurs propres moyens, sans aucune garantie pour les patients.

Green a raison de souligner que la nouvelle réglementation va privilégier le rôle des médecins et des psychologues, il s’agit du reste d’un fait notoire qu’il ne serait même pas possibile de nier après avoir lu le texte de Loi qui parle d’un comité d’experts formé uniquement par des psychiatres et psychologues. Mais il est curieux de voir un psychanalyste pointer sur la question des garanties. Cette foie envers la nécéssité de donner des garanties est plus commun aux psychothérapeutes. Pourtant, les psychothérapeutes sérieux savent aussi bien que les analystes que leurs diplômes universaitaires et leurs protocoles d’interventions ne sont nullement en mesure d’offrir de vraies garanties, mais uniquement des évaluations statistiques. Les discours autour des garanties en psychanalyse représentent une grande farce que les clients finissent par payer en voyant leur demande d’analyse virer à la psychothérapie et leurs subjectivités réduites à des nombres et à des catégories. Le seul point dont à mon avis un analyste ne saurait renoncer est de déclarer sa propre formation et le type de service que le client en en droit d’attendre de lui (A.F.)

L.P.: D'autre part, un nombre croissant d'étudiants, écartés par la sélection hyperscientifique des facultés de médecine, se tournent vers des études de psychologie, avec pour projet de devenir thérapeutes. Or ils ne reçoivent pas de formation suffisante dans ce domaine. Certains entrent en formation dans des sociétés de psychanalyse ayant pignon sur rue. D'autres se compliquent moins la vie et cèdent à la publicité de divers instituts, où l'on vous promet que vous allez devenir psychothérapeute en douze leçons... moyennant finances, évidemment.

A.G.:  C'est ainsi que la France se retrouve avec 20.000 psychothérapeutes sans affiliation institutionnelle, 20.000 psychothérapeutes autoproclamés ! Tous affirment faire beaucoup de bien aux gens qui vont les voir. Mais ils peuvent aussi tomber sur une dépression grave, une maladie psychosomatique qui met le patient en danger ou une structure psychotique camouflée sans avoir le moindre moyen pour en juger.

L.P.: Vous défendez donc la pureté de la psychanalyse classique contre les psychothérapies... 

A.G.:  Absolument pas. Je suis au contraire convaincu que le cadre défini par Freud n'est applicable qu'à un petit nombre de patients. Aujourd'hui, tout psychanalyste a au moins 40% de sa clientèle composée de patients à qui il prescrit la psychothérapie psychanalytique, le psychodrame ou d'autres techniques. Il faudrait donc préciser plus nettement la place, dans la formation des psychanalystes, de la psychothérapie psychanalytique.

Voici ce que nous devons bien nommer une contradiction en termes. Si la psychanalyse n’est applicable qu’à un petit nombre de patients, il est logique de penser que le psychanalyste traite avec des patients et qu’il opère donc dans le sens d’une psychothérapie, car qui dit patient dit cure. L’emploie du terme “analysant” n’effleure même pas l’auteur. “Il va de soi” que la psychanalyse est une forme de psychothérapie, et c’est en ce sens précis qu’elle ne peut convenir, selon l’expert, qu’à un petit nombre de patients. Ainsi, pour Green, c’est à l’expert que revient la tache délicate et responsable de déclarer si la psychanalyse ou tout autre forme de psychothérapie est appropriée à telle ou telle autre persone. Ce point est particulièrement important car il touche à la question de la liberté de choisir sa propre cure. En suivant un tel raisonnement, ce choix pourrait être rendu impossibile dans un prochain futur. Par exemple, quelqu’un qui souffre psychologiquement et qui se sent en affinité avec tel auteur pour avoir lu ses livres, pourra se voir refuser le droit d’aller chez un professionnel adoptant la même approche si celui-ci n’est pas aligné et expertisé. Il est clair que la Loi, pour l’instant, n’en arrive pas là, mais il s’agit aussi de veiller afin qu’elle ne puisse même pas s’en rapprocher par des décrets et des réglementations allant dans ce sens. La preuve qu’il ne s’agit pas d’un équivoque: l’auteur continue sa réponse en affirmant à sa façon que la psychothérapie analytique est partie intégrale de la formation du psychanalyste! L’emploie de deux expressions en réalité si différentes constitue une distinction qu’en apparence. Ceci suffit à nous faire comprendre combien une telle distinction, si nécéssaire soit-elle aujourd’hui d’un point de vue aussi bien théorique que politique, apparait difficile à pratiquer, même dans un pays comme la France qui a eu la chance doir un interprèt’ave d’excellence de la pensée freudienne dans la persone de Jacques Lacan. Il suffirait pourtant d'évoquer les questions du transfert et des résistences pour comprendre qu'un analyste ne peut prendre en charge la santé psychique de ses clients, comme il est dans le contrat des psychothérapeutes. L'analyste offre l'analyse, la possibilité d'autoconnaissance, et laisse à l'analysant la liberté de choisir entre méconnaître ses désirs et guérir (A.F.).

L.P.: Jacques-Alain Miller a entamé une campagne contre la nouvelle réglementation. Pourquoi ne l'avez-vous pas soutenu?  

A. G. : Parce qu'il s'agit d'une campagne de désinformation, de mensonge et d'intoxication. On présente Jacques-Alain Miller comme «le meneur des psys», c'est du bourrage de crâne! Il ne représente qu'un groupe minoritaire parmi les lacaniens. On ignore trop souvent qu'il existe, depuis bien des années, un groupe de contact très actif entre lacaniens et non-lacaniens. Cette structure rassemble notamment huit sociétés lacaniennes, qui ne reconnaissent nullement l'autorité de Jacques-Alain Miller et la considèrent même comme dangereuse. Ces élèves de Lacan sont très choqués de la façon dont il mène son affaire. Car il est évident qu'il ne s'intéresse pas à la psychothérapie. On ne sent jamais dans ses propos le souci du patient. Quand il agite le drapeau rouge contre des décrets liberticides, il pense toujours à la liberté du thérapeute, il ne pense jamais à préserver les droits du patient. Or cette liberté du thérapeute, c'est la liberté d'être ignorant, d'être incompétent, c'est la liberté de nuire et d'être à l'abri de toute sanction et de tout contrôle. 
Jacques-Alain Miller a montré qu'il était capable de produire en quelques semaines un pamphlet répondant à Daniel Lindenberg sur des questions qui les regardent. Mais cela fait plus de vingt ans que Lacan est mort, et j'attends encore le premier ouvrage de psychanalyse signé Jacques-Alain Miller. Il n'existe pas! 
Aujourd'hui, sa lutte, et celle des siens, est une lutte pour la survie. Ces associations sont en effet constituées d'un très grand nombre de gens qui n'ont pas de qualifications. Si on met le nez dans leurs affaires, en cherchant à savoir qui est qui, formé comment, avec quels droits à exercer telle ou telle pratique, on comprendra leur agitation. Les autres associations sont moins inquiètes parce qu'elles savent que leurs membres ont été formés, même si tout n'est pas parfait, évidemment.  

L.P.: Lacan n'a-t-il pas soutenu que l'analyste ne s'autorise que de lui-même? 

A.G.: ... «et de quelques autres», avait-il ajouté ! On ne voit pas pourquoi ce serait parole d'Evangile. Lacan parlait de la nécessaire liberté de penser et de la mise en oeuvre de l'imagination du psychanalyste dans son travail. De là, on est passé à l'idée que «le psychanalyste invente ses normes». Beaucoup se sont dit : «Si Lacan l'a fait, pourquoi ne le ferais-je pas?» C'est ainsi que se sont répandues les séances courtes et toutes sortes de pratiques aberrantes. Car inventer ses normes, c'est faire n'importe quoi. L'analyste maltraite ses patients, se donne la liberté de disparaître en laissant un panneau sur la porte «Je suis parti en vacances, je vous contacterai à mon retour»... Cette liberté va même dans certains cas, on ne le sait pas assez, jusqu'à des violences physiques. Je vous assure que je n'invente rien.
Ce qu'on oublie, en l'occurrence, c'est que ce n'est pas le bon sens qui est la chose du monde la mieux partagée, mais le masochisme. C'est là-dessus que le pouvoir analytique peut se pervertir. Freud avait abouti à cette conclusion, mais il a décidé de ne pas manger de ce pain-là, en disant à peu près: «S'ils veulent aller se faire martyriser, qu'ils aillent en voir d'autres, moi je fais leur analyse, ensuite ils en font ce qu'ils veulent». Il y a là une différence très importante entre Freud et Lacan. Lacan semble avoir pensé que ce serait vraiment trop bête de ne pas en profiter. Dans sa postérité la plus directe, quelque chose de ce genre perdure.

C’est dans cette partie de l’interview que Green donne le meilleur de soi. Il y affirme que Miller n’est point une référence en psychanalyse et que ce dernier ne pense qu’à la liberté du thérapeute en oubliant celle du patient. Je rappelle aux lecteurs que J.A. Miller Préside une Association Mondiale de Psychanalyse, c’est à dire d’une association qui compte des membres dans de nombreux pays du monde et qui adoptent tous les mêmes références théoriques. De plus, il ne faut pas oublier (comme le fait si bien Green) que c’est bien gràce à de nombreuses années d’efforts de relecture et de transcription de la part de Miller qu’il nous est possibile aujourd’hui de connaître l’oeuvre de Lacan. Que Miller n’a pas à coeur la liberté des patients est une accuse fausse et outrageuse. Miller et bien d’autres représentants de la psychanalyse et de la psychothérapie françaises se sont maintes fois prononcés pour que leurs clients puissent garder leur liberté de choisir à qui s’adresser. Il s’agit donc d’une autre figure réthorique bien connue qu’utilise Green, celle du retournement dans son contraire: la liberté thérapeutique n’est pas mise en question par l’Etat, mais par Miller et par ceux qui, comme lui, s’opposent à toutes formes de réglementation de la psychanalyse. Une phrase en particulier laisse sous-entendre que Green est agacé plus par le renom du personnage Miller que par ses propos, quand il dit “d’attendre encore le premier ouvrage de psychanalyse signé Miller”. Cette phrase n’à aucune valeur comme argumentation contre les idées et l’avis de Miller. Elle représente uniquement une tentative de porter un coup bas à cette même autorité que selon l’auteur Miller n’aurait pas. Il est donc logique que le résultat qu’il obtient soit proche du contraire. Miller pourrait même aller jusqu’à le remercier! De plus, Green fait part d’une ignorance embarassante car Miller est l’auteur de plusieurs ouvrages traitant de psychanalyse dont les interventions publiées dans la revue Ornicar, les livres Un début dans la vie et Lettres à l’opinion éclairée.
Mais cette stratégie des enjures voilées sous la critique apparente n’est pas finit. Green dit bien que les associations gravitant autour de Miller sont préoccuppées et luttent pour leur survie, mais en donne une interprétation particulièrement négative: leurs membres n’ont pas de formation adéquates, ils sont sans qualification! Or, il est de notoriété publique que les associations que Miller représente sont justement parmis celles qui se sont le plus penchées sur la question de la spécificité de la formation en psychanalyse et y ont même proposé une forme définie: celle de l’analyse suivie de la procédure de “la passe”. De toute evidence, pour Green, et contrairement à la pensée de freud dont pourtant il se réclame, la valeur formatrice d’une analyse personnelle est secondaire au point de n’être pas citée ni considérée. Ce point de l’enseignement par l’expérience est poutant tout à fait remarquable et représente une des caractéristiques majeures da la psychanalyse. Encore une fois, s’il n’en était pas ainsi, nous pourrions être sûrs que la psychanalyse se réduirait tot ou tard à une forme de psychothérapie parmis tant d’autres, qu’elle serait enseignée dans les universités et pratiquée par des profesionnels qui pourraient être remplis de notions sans avoir le moindre équilibre intérieur, sur un mode technique à partir d’un  savoir “objectif” faisant retour du coté du maître, c’est à dire du spécialiste.
Passons sur l’emploie du terme “abérrant” par lequel Green définit la procédure des séances courtes (à la Lacan). Bien plus grave est l’affirmation, encore une fois privée de la moindre preuve, selon laquelle certains analystes arriveraient à la “violence physique” sur leurs patients. Honnêtement, je dois avouer qu’il m’est impossibile de prouver aussi bien cette affirmation que son contraire. Autrement dit, il s’agit simplement d’une considération ou d’une opinion sans importance. Il me faut pourtant répéter que jusqu’à présent aucune association d’ex patients a été créée ou s’est mobilitée contre les psychanalystes. Il n’est pas raisonnable de se limiter à rapporter des “voies”. Quant on accuse, on doit avoir des preuves ou du moins des indices sérieux. Ce que nous pouvons déclarer, c’est que contrairement à la psychanalyse, nombres d’associations ont été créées pour lutter contre les abus de pouvoirs de la psychiatrie qui utilise aujourd’hui encore certains procédés coercitifs. Bien sûr, ceci est un détail que le psychiatre André Green a facilement oublié (A.F.).

L.P.: Il est beaucoup question, selon une autre formule de Lacan, de «ne pas céder sur son désir»... 

A.G.: « Ne pas céder sur son désir », c'est très exactement la morale terroriste ! Les terroristes qui passent devant des tribunaux insultent les juges, affirment n'avoir pas de comptes à rendre. La morale lacanienne n'est pas très différente. On retrouve aussi dans cette attitude la nostalgie des années de la jeunesse révolutionnaire. Aujourd'hui, ces jeunes gens sont devenus grands-pères, mais ils conservent la même naïveté cynique, la même indifférence à l'égard du mensonge. L'essentiel, pour eux, est de parvenir à leurs fins.

Ce que Green soutient à propos des “intellectuels estimables mais qui n’ont aucune qualité pour se prononcer sur les psychothérapies” représente une opinion assez commune. Pour beaucoup de personnes en effet, seuls les spécialistes peuvent se prononcer sur leurs spécialités. Bien qu’une telle considération ne soit écrite nulle part, elle fonctionne souvent comme un principe plus connu sous le nom de “principe d’autorité”. Il va pourtant de soi que l’autorité intellectuelle ne saurait dériver d’aucun principe, mais de la force des argumentations convoquées (A.F.).

L.P.: La campagne médiatique et politique menée contre cette réforme vous paraît donc surfaite ? 

A.G.: Plus que surfaite, ridicule et malhonnête ! Ridicule par ses professions de foi, ses cris à la tentative d'assassinat et, ce qui était vraiment le comble, l'appel à la désobéissance civile ! Ce sont des rodomontades, et le temps en fera justice. Ce qui est malhonnête, c'est de rassembler les signatures de personnalités estimables, mais qui n'y connaissent rien, pour dire : « Vous voyez, si tous ces gens qui sont indéniablement très bien sont de mon côté, c'est que j'ai raison. » En réalité, il y a un refus d'aller au charbon, de chercher réellement de quoi sont faites les psychothérapies : qui en demande ? qui offre quoi ? quelles sont les connaissances sur le psychisme dont il faut être familier pour y répondre ? Ces questions n'ont pas été posées. A la place, on a assisté à un véritable bouclage de la presse, qui s'est fait l'écho de tout ce qui venait du côté de Jacques-Alain Miller, alors que peu de rectifications ou de points de vue contraires étaient publiés. J'ai malgré tout confiance dans cette phrase de Freud: «La voix de l'intellect est basse, mais elle ne se tait qu'on ne l'ait entendue».

© Le Point, 08-04-2004, n. 1647

La boucle se referme. L’intervention de Green finit par où elle avait commencé: assez parlé de Miller! Le lecteur pourra se demander pourquoi l’auteur, au lieu de polémiser sur Miller, n’a pas profitter de l’occasion pour illuminer son public sur ses idées en matière de réglementation (A.F.).

Antoine Fratini, Janvier 2005

 


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