Association Européenne de Psychanalyse

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 Un Château d'As

Près de 50 ans sont passés depuis que j’ai soutenu pour la première fois que le concept de la  maladie mentale et la profession de psychiatre se basaient  sur des fondements fictifs. Les maladies mentales  sont des conduites, pas des maladies. La psychiatrie est religion, rhétorique et répression, mais pas une médecine. Le fondement pour comprendre une maladie mentale repose sur l’étude des signes et symboles. Le fondement pour comprendre les pratiques de la psychiatrie repose sur l’éthique, la philosophie, les lois et la criminologie.

Cela n’est pas surprenant que les psychiatres et le publique en général n’ont pas été désireux  d’abandonner un système d’idées et d’interventions considéré par la tradition comme nécessaire et correcte et par la  «science médicale » comme véritable. J’étais préparé à cela. Dans The Subjection of Women  (1869), John Stuart Mill savamment remarqua:

«... ce qui persuade le plus les partisans d’une argumentation est que le sentiment doit avoir un soutient profond, de telle manière que d’autres arguments ne puissent l’atteindre… la majeure partie de l’humanité aurait besoin d’être beaucoup plus cultivée pour acquérir une certaine confiance en son propre pouvoir d’estimation des arguments et se rendre à des principes pratiques.. pour ne pas sucomber à la première attaque argumentaire...»

Ceci est vrai aussi pour les psychiatres et leurs partisans - parents du malade mental, politiciens, experts, publique en général – qui ont remplacé ce qui a été un château branlant de cartes prises au hasard ( le mélange instable de l’hôpital d’Etat et de la psychanalyse) par un château d’as (le mélange stable de la psychiatrie biologique et neuropharmacologie).

Avant la fin de la deuxième guerre mondiale, le modèle de la maladie mentale était l’hystérie, c’est à dire une souffrance privée de «fondement organique». J’ai démontré que l’hystérie n’était pas une maladie, mais un type de communication non verbal.  Les psychiatres ont adopté cette opinion comme si cela avait été la leur, rayant l’hystérie de la liste officielle des maladies mentales et la remplaçant par la schizophrénie, «symbole sacré » de la nouvelle « psychiatrie biologique». Ils ont alors déclaré que certains médicaments étaient des « traitements » effectifs pour cette maladie et ont libéré la plus grande partie des patients des hôpitaux psychiatriques. Ainsi, cette désinstitutionnalisation alliée aux miraculeux médicaments psychotropes ont déguisés les bloques du bâtiment du nouveau château d’as psychiatrique.

La masse des patients mentaux était et a toujours été pauvre et « admise » contre leur volonté, c’est à dire emprisonnée. Les psychiatres ont toujours nié ce fait. Ils soutiennent que « la maladie mentale est comme n’importe quelle autre maladie » et que les hôpitaux psychiatriques sont comme les autres hôpitaux dans lesquels les patients sont « admis » et après un traitement réussi sont « congédés ». 

Ainsi, après 300 ans de «réformes psychiatriques» et 100 ans de « rogrès scientifiques  couronnés par un prix Nobel pour l’inventeur de la lobotomie, où en sommes nous ?

L’hôpital Psychiatrique comme prison 

The Economist (2004) commente : «Quand la majorité des hôpitaux psychiatriques du pays ont été fermé pendant les années 60, l’idée était que les patients seraient soignés par les systèmes de santé locale … à la place de cela … beaucoup sont terminés en prison … le nombre de malades mentaux dans les prisons du Conté de Santa Clara a augmenté de 300% dans les quatre années postérieures à la fermeture de l’hôpital d’Etat de Californie». Beaucoup d’hôpitaux médicaux ont été aussi fermés, mais les patients ne se sont pas retrouvés en prison! Une importante étude commentée par les observateurs des Droits de l’Homme ont conclus que  « les prisons ont été converties par négligence dans l’unique système de santé mentale de la nation. «Un sur cinq  des 2,1 millions d’américains en prison sont des malades mentaux graves». En 1999, le Ministère de la Justice a estimé que 16% des prisonniers souffraient de maladies mentales. « Ces maladies incluent la schizophrénie, la  psychose maniaco–dépressive (ou psychose bipolaire) et la dépression aiguë». Il n’y a pas de preuves biologiques pour ces maladies. Alors, combien peuvent être les prisonniers qui souffrent vraiment de cette maladie?

Les personnes qui pensent que les maladies mentales sont réelles et que le malade mental est dangereux pour lui-même et pour les autres ne sont pas intéressées à se questionner sur les principes et les pratiques psychiatriques. Ils veulent simplement « le bien » du malade mental. Aux personnes qui doutes des fondements de la psychiatrie, j’offre les commentaires suivants :

  1. Les autorités qui déplorent la présence de nombreux malades mentaux en prison ne réclament pas l’innocence des prisonniers. Si les individus emprisonnés sont en réalité coupables des crimes dont on les accuse, il paraît plus raisonnable de les mettre en prison que dans des hôpitaux. S’ils sont malades mentaux, ils doivent être traités pour leur maladie en prison. Les prisonniers qui souffrent d’une maladie médicale reçoivent bien leur traitement en prison. Les personnes qui se plaignent, après tout, continuent à dire que «les maladies mentales sont comme n’importe quelle autre maladie».

  2. La majeur partie des centaines de milliers de patients mentaux qui, avant la desinstitutionnalisation,  vivaient dans  les hôpitaux psychiatriques ont été placé en prison parce qu’ils étaient en effet sans logement, pauvres, rejetés par leurs parents, «dangereux pour eux même et pour les autres». Dans le langage courrant, ils ont été emprisonnés, mais leurs prisons étaient appelées «hôpitaux» et eux étaient appelés «patients» au lieu «d’internes».

  3. Les psychiatres ne reconnaissent pas que cette desinstitutionnalisation consiste à transférer les patients mentaux des asiles aux prisons. En échange, ils défendent la médicalisation à grande échelle des patients mentaux comme une méthode de prévention du crime, comme si la maladie mentale en était la raison et que si les malades mentaux recevaient les « médicaments adéquats » le crime disparaîtrait de la face de la terre.

  4. Comme la maladie mentale est une fiction il ne peut exister, pour elle, de traitement. Pendant l’époque d’or de la psychiatrie hospitalière, avant la seconde guerre mondiale, la maladie mentale était considérée comme une souffrance réelle mais intraitable : la majeur  partie des patients mentaux ont été laissés en paix par les docteurs. En regardant dans le passé, nous appellions les hôpitaux «snake pits» et le patient contrôlé était «abandonné». Aujourd’hui, à l’époque d’or de la psychiatrie biologique, la maladie mentale est considérée comme une souffrance réelle et traitable: les patients mentaux  sont forçés à recevoir des médicaments dans les services des prisons, avec une liberté conditionnelle psychiatrique («compromis du patient»), les futurs observateurs décideront quels noms attribuer à l’actuelle – populaire - illusoire et brutale psychiatrie.

 Thomas Szasz

The Freeman, 54: 21-22 (July/August), 2004.

 Traduit par Antoine Fratini

(merci a Jean-Claude Dijon-Vasseur pour la collaboration)


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