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Association Européenne de Psychanalyse |
NEWS
Le Livre noir de la psychanalyse
Un mauvais comportement
Voilà un ouvrage qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et continue à en faire
couler, pour peu on en viendrait à faire couler le sang tellement le débat est
vif. C’est une bonne chose que ce « livre noir » (éd. Les Arènes) existe..
Il n’est pas le travail d’un auteur, mais la collaboration de 40 auteurs
différents, sous la direction de Catherine Meyer. C’est un « pavé » de plus de
800 pages, pas toutes d’érudition, loin de là. Certaines montrent une ignorance
complète des écrits de Freud et de la psychanalyse. Tout n’est pas à jeter aux
orties pour autant.
Ce livre est-il haineux comme il a été dit et écrit grand nombre de fois ? Il
est vrai que la haine de la psychanalyse qu’ont certains des auteurs les pousse
à caricaturer la pensée freudienne jusqu’à l’absurde.
Les mots du titre sont écrits à la manière d’un « graffiti » sur fond blanc ;
au-dessus du nom des collaborateurs figure la phrase suivante : « Vivre, penser
et aller mieux sans Freud ».
Ce livre est destiné au public français « non érudit » :
« L’ambition de cet ouvrage, qui rassemble quarante auteurs de dix nationalités,
est d’offrir aux non-initiés les éléments d’un débat qui traverse notre époque »
p.11.
Catherine Meyer, qui dirige le livre, précise :
« J’assume seule la responsabilité et la direction de l’ouvrage, mais quatre
auteurs ont pris une part décisive à ce livre noir de la psychanalyse »
Il s’agit de :
Mikkel Borch-Jacobsen (danois français américain) philosophe et historien.
Jean Cottraux (français) psychiatre, enseignant et chercheur.
Dider Pleux (français) psychologue clinicien.
Jacques Van Rillaer professeur de psychologie.
On pourrait croire à la formation d’une équipe nationale de patriciens de la
santé mentale, voire une équipe européenne de spécialistes, mobilisée pour
dénoncer les abus et la main mise de la psychanalyse sur le monde de la santé
mentale. C’est effectivement ce qui apparaît dans un premier regard.
Mais si l’on exclut les six témoignages de patients, sur les trente quatre
auteurs qui ont participé à cet ouvrage, quand on a ôté la dizaine d’universitaires
ou de cliniciens français, on s’aperçoit que la majorité des auteurs sont
anglo-saxons. Les quelques rares auteurs qui ne sont pas américains viennent
tous de pays acquis à l’idéologie ultra libérale. (Grande Bretagne, Australie
etc…)
Ces auteurs américains, majoritaires dans l’écriture du livre, sont ceux que
Catherine Meyer appelle les « freud scholars ».
Comme il est écrit en couverture, le but de l’ouvrage est de :
« Vivre, penser et aller mieux sans Freud ».
« Aller mieux » cela veut dire, trouver ou promouvoir d’autres thérapies que
celles existant aujourd’hui en France. Le livre noir fait effectivement la
promotion des TCC (Thérapies Cognitivo-comportementales)
« Penser » sans Freud, cela veut dire soit démontrer que sa pensée est fausse,
soit l’exclure du champ de la réflexion philosophique. Le livre noir ne parvient
pas à démontrer que la totalité de la pensée freudienne est fausse, même si les
auteurs en sont convaincus. Certains utilisent des termes inventés par Freud
pour expliciter leur théorie.
« Vivre sans Freud », c’est certainement le lot des milliers de gens qui n’ont
jamais entendu prononcer son nom ou parler de ses théories. Cela suppose alors
une « contamination » dont ces gens ne se rendent pas compte, bref une
contamination « inconsciente ».
Je ne saurais aller contre cette hypothèse : une grande partie de mon travail de
« L’idéologie freudienne » s’emploie à démonter la pénétration de la
psychanalyse dans tous les domaines de notre société.
Mais dire qu’il y a une contamination « inconsciente », c’est la reconnaître, et
de ce fait
« vivre sans Freud » est une métonymie. Un des Principes avec lequel fonctionne
l’inconscient freudien que ces auteurs dénient. Nous avons là un hiatus.
On a pu dire de ce livre qu’il était un livre de libraire et non un livre d’auteurs.
Une opération commerciale. Cela est peut-être vrai. La campagne promotionnelle
est forte et bien menée : nombreux articles dans les quotidiens, débats dans les
hebdomadaires, promotion télévisée, des dizaines de sites Internet participent
aux débats.
Un précédent
En 2002, paraissait un ouvrage, qui ne passa pas tout à fait inaperçu -bien que
le silence fut de rigueur- intitulé « Mensonges freudiens » de Jacques Bénesteau,
(éd. Mardaga). Ce livre était une première du genre en France et il diffusait
les idées des « freud scholars » inaccessibles en français. Il reçut le premier
prix de la Société française d’histoire de la médecine (SFHM) à l’unanimité en
mars 2003.
Sur sa quatrième de couverture « Mensonges freudiens » est présenté comme « le
livre noir du freudisme ». Curieusement il n’est cité par aucun des quarante
auteurs du Livre noir de la psychanalyse !
Après une rapide vérification de l’abondante bibliographie des « Mensonges
freudiens »
On s’aperçoit que les éditions Odile Jacob ne sont citées que deux fois sur 400
pages d’érudition du freudisme. Les mêmes éditions Odile Jacob sont citées pas
moins de quarante fois dans Le livre noir… Catherine Meyer, directrice de l’ouvrage,
travaille aux éditions Odile Jacob. Peut-être ne s’agit-il que d’un simple
hasard, mais on ne peut en tout cas qu’être très surpris que le livre qui fit
connaître en premier les « freud scholars » en France et qui fit l’effet d’une
douche glacée dans les milieux psychanalytiques soit passé sous silence. Le nom
de Bénesteau n’apparaît nulle part. On a parfois l’impression en lisant Le livre
noir qu’il est une re-dite de « Mensonges freudiens » : mêmes références
américaines, mêmes auteurs cités en grande partie. On n’y apprend rien de
nouveau sur la face cachée de l’histoire mouvementée du freudisme : de la
révision de la théorie de la séduction à la fameuse saignée d’Emma Eckstein en
passant par l’usage que faisait Freud de la cocaïne, de L’homme aux loups à
l’affaire Hug-Hellmuth, aucun événement nouveau de la face obscure de l’histoire
de la psychanalyse.
Il est assez curieux également de constater que ces « nouveaux contestataires »
de Freud et de la psychanalyse passent allègrement sous silence tout le travail
qui a été fait avant eux par ce qu’on pourrait appeler classiquement « l’école
française ». Bien que Catherine Meyer en parle :
« Pourtant d’autres clairvoyants ont d’emblée perçu l’absurdité ou l’absence de
fondement des théories freudiennes, Sartre, Cocteau, Gide, Nabokov, Wittgenstein,
Foucault et bien d’autres.. » p.400.
Ces propos sont dans la préface du « chapitre » consacré à ceux qui, avant les «
freud scholars », ont critiqué la psychanalyse. Ce chapitre sur les clairvoyants
comporte 12 pages sur une totalité de 800 ! Il est expédié en deux articles :
L’un d’ Alfred Hoche (1865-1943) traduit de l’allemand par M. Borch-Jacobsen, l’autre
d’Aldous Huxley (1894-1963) traduit de l’anglais par Agnès Fonbonne.
Si l’on pouvait définir cette « école française » qui critiquait déjà la
psychanalyse quand certains des auteurs du Livre noir y « croyaient » encore, il
faudrait bien sûr y mettre Gilles Deleuze et Félix Guattari (L’anti-Œdipe, éd.
De minuit), Luce Irigaray (Spéculum de l’autre femme, éd. De minuit), Robert
Castel (Le psychanalysme éd. 10/18) Michel Foucault bien sûr, et tant d’autres,
la liste n’est pas exhaustive..
Or aucun de ces auteurs n’est cité. Ce n’est pas sans raison, tous ces « french
scholars », même si beaucoup sont décédés aujourd’hui, n’ont pas forcément de
grande sympathie envers l’ultra libéralisme et le comportementalisme d’où nous
viennent ces nouveaux critiques de la psychanalyse.
Les « french scholars » dénoncent surtout la collusion de la psychanalyse et du
capitalisme.
Ce que bien sûr ne font pas les « freud scholars ». Une petite exception
cependant, Jean Cottraux fait plusieurs fois référence à Sartre. Les écrits de
Jean Cottraux sont d’ailleurs les plus modérés de l’ouvrage, la petite touche de
raisonnable, voire de sympathie freudienne au milieu des distorsions que subit
la théorie du maître de Vienne.
Le débat est passionné et passionnel. Les réponses au Livre noir contiennent
autant d’animosité et de distorsions que le Livre lui-même.
La première personnalité à monter au créneau, fut comme très souvent, Elisabeth
Roudinesco, historienne de la psychanalyse et qui, de plus, possède un joli coup
de plume. Une écriture claire et vivante à laquelle on doit une volumineuse
Histoire de la psychanalyse en France et un portrait sans complaisance de Lacan.
(éd. Fayard). Mais les réactions à chaud d’Elisabeth Roudinesco sont quelques
peu décevantes. Ainsi, dans une de ses réponses qui figure sur de nombreux sites
Internet (http://www.carmed.org/livre_noir3.htm)
elle reproche aux auteurs du livre noir de ne pas être des « spécialistes » de
l’histoire de la psychanalyse :
« Cette éditrice [Catherine Meyer] n'est en rien une spécialiste de l'histoire
de la psychanalyse. Pour réaliser ce livre, elle s'est entourée de trois
collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions
violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van
Rillaer et Cottraux) n'ont aucune compétence en matière d'histoire du freudisme
[ ] En réalité, les textes rassemblés par l'éditrice dans ces deux chapitres
sont des résumés de livres déjà publiés en anglais, en allemand ou en français
et donc parfaitement connus des spécialistes de l'historiographie freudienne. ».
Cela signifie-t-il que pour parler de façon critique de la psychanalyse il
faille être un « spécialiste » de la chose, bardé de diplômes ? La psychanalyse
n’a-t-elle pas visé pendant un temps de « détruire » l’Université ? Quelle
autorité impartiale délivre donc les diplômes de « spécialiste » en histoire de
la psychanalyse ? Peut-on aujourd’hui, au nom du « savoir spécialisé », exiger
un certificat attestant « la compétence » de celui qui écrit sur le sujet ?
Par ailleurs Le livre noir ne s’adresse pas aux « spécialistes » de l’exégète
freudienne, mais au grand public et il me semble tout à fait naturel que des
psychologues ou des psychiatres aient une opinion sur la psychanalyse et
puissent la divulguer sans avoir un « diplôme de spécialiste » de l’histoire
freudienne.
Enfin, et c’est regrettable, Elisabeth Roudinesco termine sa plaidoirie en
appelant les associations de psychanalyse à porter plainte pour diffamation
contre les auteurs du livre en remettant en question la liberté d’expression :
« N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres
qui dénoncent de prétendues conspirations ».
On suppose que des « spécialistes » formés à l’exégète « conspirationniste »
décideront de ce qui est une information à divulguer au public et une
conspiration méritant la censure.
S’ensuit une condamnation morale des éditions Les Arènes, coupables d’être «
spécialisées » dans divers « livres noirs ». C’est tout de même regrettable de
voir quelqu’un dénoncer une nouvelle « chasse aux sorcières » que subiraient les
psychanalystes –et son raisonnement se tient- en appeler à la censure et aux
procès…. Bref, à un mode d’expression digne de l’américan way of life !
Promenade dans Le livre noir….
Une critique complète du Livre noir demanderait des dizaines et des dizaines de
pages, nous allons donc y faire une petite promenade sans nous arrêter sur les
évidences ni sur les auteurs qui n’ont pas pour intention première de « casser
du Freud », même si le ton général du livre dégage un parfum de vendetta.. On
prendra plaisir à débusquer les plus jolies perles du genre et les enfiler pour
en faire un collier à offrir à Psyché…. On essaiera de le faire avec humour. Il
nous faudra garder présent à l’esprit que les auteurs sont soit des historiens,
soit des personnes –et c’est très important- qui se réclament de la «
psychologie scientifique ». C’est bien souvent à ce titre qu’ils condamnent la
psychanalyse. On s’arrêtera parfois sur les vérités d’un auteur, sans pour
autant partager son opinion si elle n’est pas entièrement partageable… ou on la
partagera, même si elle est « incorrecte » aux yeux des psychanalystes BCBG
poussant des cris de vierges effarouchées…
L’exception culturelle….
« La France est, avec l’Argentine, le pays le plus freudien du monde ». p.7
Voilà la première phrase du livre.
Pourquoi ? Parce qu’il se trouve que si, en France, les psychanalystes mirent si
longtemps à se regrouper et à créer une Société (1926) il y a eu en France un
dénommé Jacques Lacan, qui pendant trente années d’enseignement revisita Freud
et fit progresser la psychanalyse.
La France est une exception « culturelle » analytique parce qu’il y a eu Lacan.
Même s’il était un pédant parlant un jargon ésotérique, il n’a pas dit et écrit
que des bêtises. Sa personnalité était ce qu’elle était, mais ses Ecrits et son
Séminaire sont ce qu’ils sont. Ils restent difficiles à balayer d’un revers de
main…
Qui perd gagne…
« Je ne parle pas de ce qu’il a écrit en 1925, [Freud] mais de certaines choses
qu’il a déclarées en 1905. Ces remarques contredisent clairement ce qu’il avait
écrit dans ses articles de 1896. Je suis tout à fait d’accord avec Frank [Cioffi]
qu’en 1925, Freud s’était sans doute déjà convaincu lui-même que l’épisode de la
théorie de la séduction s’était déroulé d’une certaine façon » p.44
Heureusement que l’ouvrage s’adresse à des non-initiés ! Il est question ici de
la théorie de la séduction de Freud, sur laquelle il est revenu. Le sujet
reviendra d’ailleurs dans plusieurs articles du Livre noir de la façon suivante
:
Si Freud change de point de vue, c’est que la psychanalyse ne vaut rien et n’a
rien de scientifique. S’il ne change pas de point de vue, c’est qu’il a
construit un système fermé, donc non-évolutif et ce n’est pas scientifique.
Il est regrettable aussi que dans un ouvrage destiné au grand public français
nombre de références des écrits de Freud disponibles en français soient donnés
en édition anglaise.
Chanson populaire….
« Ernest Jones présente Freud comme un homme qui s’était rendu très impopulaire
parce qu’il parlait de sexualité infantile, mais cela ne correspond absolument
pas à ce qui ressort de sa correspondance avec Fleiss. Fleiss acceptait
apparemment la sexualité infantile comme allant de soi et il participait sans
réticence à toute cette discussion. » p.51.
L’ambiguïté du propos tend à faire croire que, en Autriche en 1905, le public
était favorable aux thèses de Freud, comme si « Les trois essais » furent
accueillis avec enthousiasme ! Freud était « populaire » et ses thèses acceptées
avec enthousiasme puisqu’il avait une correspondance épistolaire avec UN ami !
(Populaire : qui plaît au peuple au plus grand nombre. Petit Robert.)
Ce type de construction grammaticale ambiguë se retrouve tout au long de l’ouvrage,
il en est le vecteur et la structure.
Renversement de la vapeur…
« Qu’a fait la psychanalyse à ses débuts, quand elle s’est retrouvée en
difficulté, c’est à dire quand elle a été en butte aux critiques croissantes des
psychiatres, des psychologues et des biologistes à qui Freud devait tant du
point de vue intellectuel ? » p.62
On peut quand même se demander si ce n’est pas un peu le contraire. Quant aux «
psychologues » du début de la psychanalyse on se demande quelle était l’étendue
de leurs connaissances.
A toute vapeur…
« La psychanalyse a peut-être été une science en 1895, peut-être même encore en
1900 ; mais pas à partir de 1915 ou 1920 –c’est à dire à l’époque où elle a fait
de l’analyse didactique un élément obligé de la formation psychanalytique- cette
discipline ne pouvait plus prétendre être réellement scientifique. » p.63.
Autant dire qu’on peut très bien devenir prêtre sans avoir reçu aucun sacrement
ou général sans avoir mis les pieds dans une caserne….
Choc électrique…
« Il [Freud] a prétendu obtenir des résultats profonds et durables alors qu’il
savait pertinemment qu’il n’en était rien, en incitant d’innombrables patients à
se lancer dans des analyses longues et coûteuses plutôt que de se tourner vers
des thérapies moins ambitieuses et peut-être plus efficaces. » p.79
Exemple de thérapies efficaces à cette époque : la douche froide, la camisole de
force, les coups, et tout à la fin de la vie de Freud, les électrochocs mis au
point en1938.
Un beau mensonge..
Il est vrai que Freud –et les psychanalystes- ont souvent fabriqué des cas
collants à la théorie et la « prouvant ». Un bel exemple est le « Journal d’une
adolescente » publié à Vienne par Hug-Hellmuth et qui collait comme un gant aux
hypothèses freudiennes. Après avoir été porté aux nues pas les cercles
psychanalytiques, il s’avéra que le livre était un faux inventé pour les besoins
de la cause. Les Editions psychanalytiques mirent tout en branle pour récupérer
les exemplaires en circulation, et pour cause : le journal relate des faits
entre 1903 et 1907, incluant des bulletins scolaires qui n’ont fait leurs
apparitions qu’en 1908. Il est également fait mention de cabine téléphonique,
alors que la première en Autriche ne date que de 1908. On y parle d’officiers de
forces aériennes alors que le premier avion de chasse ne date que de 1909. p.124
C’est aussi grâce à ce genre de perles que « Le livre noir… » tout comme «
Mensonges freudiens » méritent d’être lus…
La théorie zéro…
Le livre noir se demande : « Qu’y-a-t-il de commun entre les théories de Freud
et celles de Rank, de Férenzi, de Reich, de Mélanie Klein, de Karen Horney, d’Irme
Hermann, de Winnicot, de Bion, de Bowly, de Cohut, de Lacan, de Laplanche, d’André
Green, de Slavoj Zizek, de Julia Kristeva, de Juliet Mitchell ? » p.180. -Le
livre noir 2005-
Si on ne peut répondre pour tous, il est possible de donner au Livre noir une
réponse satisfaisante pour quelques analystes :
« À la lecture des divers auteurs issus du freudisme ou s'en réclamant, on se
demande s'il existe une " doctrine " freudienne. Chaque auteur qui contribua à
l'évolution de la théorie psychanalytique y a emmené son empreinte personnelle.
La psychanalyse s'est construite à la manière d'une cathédrale à laquelle chacun
apporta la pierre de son inconscient, de son histoire. En découvrant en lui, le
Complexe d'Œdipe, Freud en fit la dominante structurante du psychisme. Alfred
Adler, beaucoup plus jeune que Freud, était un enfant chétif et maladif, cadet
d'un frère qu'il jalousa, sa doctrine est axée sur le complexe d'infériorité.
Alors qu'il était enfant, Reich dénonça à son père une relation adultérine de sa
mère qui se suicida ; dans son œuvre il met en avant la " répression " sexuelle
comme facteur étiologique des troubles mentaux. Jung le mystique, fils d'un
pasteur protestant et baignant dans un esprit de spiritisme concocta une
psychologie des profondeurs dans laquelle le mysticisme et la magie occupent une
large place. Mélanie Klein qui avait une mère ultra possessive fonde ses
théories sur la mauvaise mère. Les générations de psychanalystes qui suivirent
continuèrent la tradition : Didier Anzieu, auteur d'une théorie sur le "
Moi-peau " était, tel un oignon, recouvert de plusieurs couches de vêtements par
sa mère -le fameux cas Aimée de J. Lacan-.
L’idéologie freudienne in L’idéologie
http://perso.wanadoo.fr/causepsypsycause/lideologie.htm#ideologie éd.
2004
Il existe une divergence quant à la « théorie zéro » des concepts lacaniens. Le
livre noir, écrit :
« Lacan de même a laissé tomber le biologisme freudien au profit d’un concept de
« désir » entendu comme pure négativité, bien fait pour plaire aux lecteurs d’Alexandre
Kojève et aux « existentialistes » des années 1950, après quoi il a mixé cela
aux théories de Saussure et de Lévi-Strauss lorsque le structuralisme a envahi
les sciences humaines. » p.182 -Le livre noir 2005-
Il semblerait plutôt que ce n’est pas par le concept de « désir » que Lacan
remplaça le biologisme freudien mais par le langage et le « signifiant » :
« C'est entre ces deux visions, celle matérialiste de Freud et de sa libido "
biologique " et le courant " spiritualiste " de Jung et de ses archétypes que
Lacan, s'inspirant des thèses de Lévi-Strauss, vient opérer un glissement.
Échappatoire d'ailleurs plutôt que glissement : le biologisme freudien sera
effacé par le langage et la structure ; le symbolisme jungien sera gommé au
profit du symbolique et des signifiants attendant le sujet. »
L’idéologie freudienne, in Freud et Lacan, -édition 2004-
http://perso.wanadoo.fr/causepsypsycause/lideologie.htm#freud
Zéro au tableau..
La page 240, sous forme de tableau, nous offre un morceau de choix en matière de
mauvaise foi ou d’incompréhension totale de la psychanalyse ; comme ce tableau
est le fruit d’un ex-psychanalyste il y a de quoi s’interroger. Le tableau n’est
pas reproduit dans son ensemble. Il se présente sous forme de deux colonnes dont
une, la première, est l’expression de termes non-freudiens et dans la seconde
les termes sont traduits en « expression freudienne » ainsi
Un extraverti devient un exhibitionniste,
Louis a imaginé devient Louis a fantasmé,
Interdiction d’un plaisir devient castration,
Simon aime sa maman devient Simon fait son oedipe,
Simon désobéit à son père devient Simon fait son oedipe,
Envie d’autonomie vis à vis des parents devient nécessité de « tuer » la mère et
le père, Personne ponctuelle devient obsessionnel
Sophie voudrait un enfant devient Sophie a envie du pénis ; p.240
Etc…
Tous coupables….
Il était inévitable que Le livre noir ressorte, parmi les nombreuses « erreurs
de la psychanalyse », le cas Osheroff, p.342 un médecin américain âgé de 42 ans
qui fut détruit par la « psychanalyse ».
Le cas est également relaté dans « Mensonges freudiens ». Le personnage
souffrait de divers troubles et fut traité pendant sept mois dans une clinique.
Soumis à des séances de psychanalyse, son cas s’aggrava. A sa sortie il voulut
faire un procès à la clinique mais les avocats s’arrangèrent entre eux, le
procès n’eut pas lieu. Ce qui est somme toute une histoire américaine banale.
Il existe en France, dans le milieu analytique, que Le livre noir semble ignorer,
un débat sur la psychanalyse en institution : est-ce de la « psychanalyse » ?
Par ailleurs il faut tout de même rappeler que la psychanalyse américaine n’a
pas grand chose à voir avec la psychanalyse originaire ou actuelle. Freud
croyant apporter la peste aux américains –sa célèbre parole à Jung : « Ils ne se
doutent pas que nous venons leur apporter la peste »- se ravisa quelques temps
plus tard, en parlant de la psychanalyse aux USA avec sa non moins célèbre
phrase : « La psychanalyse est devenue la bonne à tout faire de la psychiatrie
».
Aux USA, seuls les médecins peuvent pratiquer la psychanalyse ce qui, selon Le
livre noir ( page 63) cité un peu plus haut, en fait une science. Car un
psychiatre aux USA comme en France n’est pas obligé de d’avoir fait une
psychanalyse didactique pour exercer la psychanalyse. C’est donc un abus de
pratique, de pouvoir médical, fréquent en France dans les milieux psychiatriques.
Les gens qui sont devenus dépressifs parce qu’on leur a prescrit du prozac alors
que c’était inutile, sont légions. Pourquoi diantre aller chercher si loin ce
qui se trouve à portée de main ?
Zéro en philo….
« Nous apprenons tous, parents, éducateurs, psys et enfants (en classe de philo)
qu’il existe des stades incontournables du développement psychique : stade oral,
anal, oedipien, phallique et la fameuse crise de l’adolescence. » p.481
De quoi attraper des boutons d’adolescent…. Si quelqu’un pouvait me renseigner
sur ce fameux « stade œdipien », je le remercierais allègrement. Qu’un étudiant
de première année de psycho se trompe en remettant un devoir sur les stades me
paraît acceptable, mais venant de quelqu’un qui écrit une critique de la
psychanalyse cela est tout de même plus sérieux. Que les re-lecteurs des
épreuves aient laissés passer l’erreur ça devient inquiétant sur la culture
psychanalytique de ceux qui l’attaquent vertement, « noirement » devrait-on
écrire.
Quelques pages plus loin l’auteur nous explique ces stades :
« La phase orale, durant laquelle prédomine la zone buccale, permet de rappeler
l’importance de la façon de nourrir,
la phase anale, caractérisée par l’apparition des dents, le renforcement de la
musculature et la maîtrise des fonctions sphinctériennes, contribue à supprimer
les sentiments de honte liés à la défécation,
La phase phallique, dominée par le pénis et par le clitoris, déculpabilise les
jeux sexuels des enfants.
Cela étant qu’est-ce qui nous dit que ces hypothèses sont fondées ? » p.483
Rien, absolument rien ne fonde ces hypothèses car elles sont fausses, archi
fausses, autant que les chemises de l’archiduchesse sont sèches, archi-sèches.
On ne peut que conseiller à l’auteur -et à ceux qui ont corrigé les épreuves- de
regarder ces définitions dans un dictionnaire de psychanalyse.
Fort heureusement le candidat se rattrape bien en fournissant un peu plus loin
quelques belles perles de Françoise Dolto entendues dans l’émission « Lorsque
l’enfant paraît ».
N’en déplaise à Elisabeth Roudinesco, les psychologues et les gens ordinaires
ont le droit de penser que les conseils de Françoise Dolto ne sont pas bons du
tout.
« (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait
rendu tyranniques et impossibles à éduquer la totalité des enfants d'aujourd'hui.
» (Article cité).
C’est tout à fait possible. Voici quelques jolies perles recueillies par notre
candidat en philo, qui lui valent un rattrapage « à l’oral » :
« Les enfants subissent les mères qui les embrassent .»
« Un enfant n’a pas besoin d’être embrassé. »
« L’embrasser c’est le manger. »
« Après trois ans, l’embrasser n’est pas bon. »
« Il ne faut pas parler de l’école hors de l’école. »
« Ne jamais dire une chose à l’enfant sans être sûr de ce que l’on dit… ne pas
insister le laisser s’il dit qu’il sait ses leçons. »
« En cas de divorce, demander l’avis à l’enfant, s’il se précipite sur la mère,
c’est avec elle qu’il est le plus en sécurité…. »
Sans commentaires.
Appel à témoins….
A partir de la page 559 une série de témoignages de « victimes de la
psychanalyse » laisse momentanément la place aux théoriciens adversaires de la
chose. Cette « promenade dans « Le livre noir… » ne s’y arrêtera donc pas par
respect pour les victimes de la psychanalyse –il y en a - mais il importe
toutefois de noter que la situation analytique classique, c’est à dire l’analysant
allongé et l’analyste assis, dérobé au regard de l’analysant, est rarement
présente dans ces témoignages.
On peut ainsi déverser l’échec de toutes formes de thérapies, plus ou moins
proche du freudisme, en lui collant l’étiquette de « psychanalyse ».
Avaler la pilule…
A combien de théories abracadabrantes la psychanalyse, avec la complicité du
corps médical, nous a fait croire ?
Un des plus beaux exemples de cette collusion « médecine ignorante –
psychanalyse – qui – sait - tout » reste l’ulcère d’estomac.
« Des milliers de malades atteints par cette affection d'origine
hypothétiquement
"nerveuse" sont allés consulter des " psy " sans la moindre amélioration de leur
état, et pour cause : l'infestation par la bactérie Helicobacter pylori est
responsable dans quatre-vingt-dix pour cent des cas de l'ulcère duodénal et dans
soixante-dix pour cent des cas de l'ulcère gastrique. Les antibiotiques en
viennent rapidement à bout ».
L’idéologie freudienne, in
http://perso.wanadoo.fr/causepsypsycause/lideologie.htm#lapsy
Un autre grand mythe, qui concerne directement le champ de la psychanalyse, est
en train d’être mis à mal : l’impuissance sexuelle. Le morceau est de taille, si
l’on peut dire, car nous nous trouvons ici sur le terrain de prédilection de la
psychanalyse.
« En méconnaissance des mécanismes complexes de l’érection, on a traité pendant
des décennies les dysfonctions érectiles par la psychothérapie avec une majorité
d’échecs. Les causes psychiques étaient chiffrées à 80%. Des psychothérapeutes
se sont efforcés, généralement en vain, d’interpréter à des générations de
patients leur peur de la pénétration, la mère castratrice, le vagin denté etc… »
p.627
Selon Le livre noir, c’est en travaillant sur de nouvelles molécules (le viagra)
que furent mieux compris les mécanismes de l’érection. Les causes psychiques des
troubles érectiles ne représenteraient en réalité que 20% des cas de
dysfonctionnement érectiles. Affaire à suivre…
Rêvons un peu…
Tout un article, écrit par un grand spécialiste scientifique est consacré aux
rêves avec pour titre « Le modèle freudien du rêve n’est pas possible ». L’auteur
y écrit que :
« La théorie psychanalytique du rêve s’appuie sur l’idée erronée que le système
nerveux, faute d’une énergie propre, trouve son énergie dans deux sources
non-neuronales : le monde extérieur et les poussées somatiques. Nous savons
aujourd’hui que le cerveau produit sa propre énergie et, ce faisant, n’est
dépendant ni du monde extérieur ni des poussées somatiques. » p.644
Ainsi donc, le cerveau rêvant n’est pas « dépendant » du monde extérieur.
Prenons un rêve banal, commun, et extrêmement fréquent :
« Je suis à l’opéra, c’est l’entracte, en me promenant dans les couloirs, j’entends
la sonnerie qui indique la fin de l’entracte. Je me réveille soudainement, le
réveil vient de sonner. »
Ce type de rêve est fréquent, qui n’a pas fait de rêve similaire où la réalité (extérieure)
vient agencer le contenu du rêve ?
Pour les poussées « somatiques » (intérieures) on se contentera de renvoyer l’auteur
aux rêves « de famine ». (J’ai faim, je rêve que je mange). Ces rêves sont
nombreux et font partie, sans exceptions, du patrimoine nocturne de tout rêveur…
Mais comme tout cela est du « charlatanisme freudien », l’auteur en vrai
scientifique développe sa propre théorie scientifique, incluant des termes tels
que « stimuli sensori-moteurs endogènes » ou « d’activation-synthèse » que dans
notre ignorance profane, non scientifique, on aimerait bien comprendre pour peu
qu’un embryon d’explication nous soit donné. En vain.
On ne peut que rester béat d’admiration devant les prouesses que réalise « la
science » à réfuter les thèses freudiennes :
« Et si le but du déguisement était de protéger mon sommeil, je serai obligé de
licencier mon censeur, car, m’étant entraîné à interrompre mes rêves dans le but
d’augmenter ma collection de récits oniriques, je m’éveillais toujours à la même
fréquence, indépendamment du scénario ». p.646
On imagine très bien le rêveur, (électrodes sur la tête qui contrôlent son
activité cérébrale) être réveillé à une « certaine fréquence » par une décharge
électrique intense afin d’enrichir son lot de récits oniriques. A moins, qu’en
grand maître zen, il parvienne à contrôler son esprit en activité nocturne.
Bernard Palissy fait figure d’amateur.
On trouve également des constructions pour le moins bizarres dans ces écrits :
« …cette force énergétique est de nature neuronale (elle ne provient pas des
idées)…. » p.647
On en sait décidément beaucoup plus sur le cerveau que ce qu’on veut bien nous
le dire : il n’y a donc pas de processus interactif entre les idées et les
neurones. Comme Lacan a prétendu un jour penser avec ses pieds, rien ne nous
étonne. Mais l’illustration étant le propre de la méthode scientifique, l’auteur
nous livre un de ses rêves et l’interprète, selon lui, comme un psychanalyste le
ferait –Il veut bien évidemment tuer son père- car, bien évidemment, c’est à peu
près tout ce que Freud à dit sur les rêves. Dans le récit l’auteur nous apprend
que :
« Le piano est une réminiscence du grand Steinway que j’avais vu le samedi
précédent, à Washington, dans le grand hall de la collection Philipps ».
Inutile de dire que quelques pages auparavant l’auteur a balayé d’un revers de
main les idées freudiennes entre contenu latent et contenu manifeste du rêve.
L’article se termine par un tableau de trois colonnes sur les questions que pose
le processus du rêve. Dans la colonne 1 se trouve la question, dans la 2 la
réponse psychanalytique et dans la 3 la réponse de « l’activation-synthèse » :
« Question : Quel est le cheminement du processus de l’information ?
Réponse de la psychanalyse : le compte rendu n’est que le contenu manifeste,
dont l’objectif est de masquer la signification véritable du rêve.
Réponse « activation-synthèse : A partir du niveau inférieur des signaux
neuronaux qui frappent mon esprit et mon conex auditif, j’élabore des sensations
qui s’organisent en un ensemble cohérent autour des thèmes : intérêt, Mozart,
musée. » p.648.
Avec un peu d’intuition, on en déduit que « l’esprit » se situe à proximité du «
conex auditif ». Cela reste à confirmer par imagerie médicale.
Les TCC, pourquoi pas ?
Un fondateur des thérapies cognitives s’exprime dans Le livre noir. Ce dernier
pratiquait la psychanalyse avant de créer une méthode personnelle :
« A cette époque je pratiquais la psychanalyse et la psychothérapie dynamique »
p.705
C’est presque de façon fortuite qu’il mit au point sa méthode en découvrant que
:
« Comme j’évaluais ces pensées rapportées, je pus voir pourquoi elles n’avaient
pas été rapportées auparavant. En premier lieu elles avaient tendance à être
très fugitives. Ensuite elles se situaient juste sous la frange de la conscience.
Enfin elles ne faisaient pas partie des pensées que l’on verbalise à autrui. » p.706
Nul besoin d’être grand clerc versé dans la psychanalyse, pour voir là, ce que
les analystes appellent une « résistance ». A croire que les « psychanalystes »
américains manquent de discernement pour percevoir ces dernières. On a mis
tellement de choses sur les résistances… Mais peu importe, à partir de là l’auteur
va élaborer sa théorie qui repose sur les pensées négatives et les pensées
positives. C’est aussi simple que ça. Bien évidemment, les pensées négatives
entraînent des « distorsions négatives », qu’il suffit d’interpréter et de
communiquer au patient en lui assignant une « tâche graduée » par exemple :
« L’assignation « d’un travail à la maison » : lire des polycopiés sur la
thérapie cognitive, accomplir des tâches journalières et faire des comptes des
pensées dysfonctionnelles » p.716.
Ca doit marcher, puisque ce type de thérapie, selon l’auteur :
« D’autres applications de la thérapie cognitive ont indiqué qu’elle est
efficace non seulement pour la dépression, mais pour :
- les troubles anxieux généralisés
- les troubles paniques
- les boulimies
- et la dépendance à l’héroïne.
Des études préliminaires ont aussi démontré l’efficacité de cette approche dans
le traitement des délires chez les patients souffrant de schizophrénie chronique
» p.718
Sans être spécialiste, on peut fortement douter qu’un héroïnomane puisse se
désaccoutumer en remplissant des fiches et en lisant des polycopiés sur les TCC.
Mais la thérapie cognitive peut davantage pour le patient :
« En rassemblant les rêves, les pensées automatiques et les images visuelles, j’étais
capable d’identifier pour un patient particulier la signification spécifique des
événements de sa vie » p.713
Bref, des rêves -qui pour les neurosciences ne signifient rien- des pensées et
des images. Somme toute, des matériaux et une interprétation comme en fait la
psychanalyse.
C’est un des paradoxes de ce livre construit qu’un auteur utilise des termes ou
des concepts freudiens qui sont rejetés par les autres.
Les amoureux transis
Les TCC ne s’appliquent pas qu’à l’individu, des thérapies cognitivo-
comportementales peuvent aussi s’appliquer au couple. Pour le démontrer, une
dispute ordinaire de couple est retranscrite :
« Marie : j’ai invité mes parents à dîner ce soir.
Jean : Quoi ? Et tu ne m’en as pas parlé (Jean se sent irrité d’avoir été ignoré
dans cette prise de décision) C’est incroyable ! Est-ce que j’ai le droit de
donner mon opinion dans cette maison ? (Jean semble généraliser et percevoir cet
événement comme habituel)
Marie : Tu ne vas quand même pas en faire toute une histoire (Marie perçoit la
réaction de Jean comme exagérée). C’est moi qui fais le repas ce soir ; je peux
bien inviter qui je veux.
Jean : C’est ça. Fais comme si je n’existais pas. » p.758
En langage ordinaire, Belle-Maman vient dîner et ça fait chier le gendre. En TCC
de couple c’est une « séquence d’interaction », exactement comme des rats en
laboratoire. Cela n’est pas interprété (le thérapeute est neutre) mais analysé
en parole positive et parole négative. Marie aurait du dire « D’accord j’ai fait
peut-être une erreur, je vois bien que tu ne te sens pas respecté ». Jean aurait
du dire….etc.
Bref, si chacun y met un peu du sien, tout ira pour le mieux car :
« Les émotions positives envers son (sa) conjointe dans la vie quotidienne, sont
un des gages de la stabilité de l’union des couples satisfaits. De façon
surprenante, les résultats des recherches, montrent que c’est l’absence de
comportements positifs et non la présence de sentiments négatifs qui prédit le
divorce chez les couples ». p.759
Les rapports dans le couple, sont, pour les TCC soit négatifs soit positifs.
Un couple qui entrait en conflit à cause de leur fils (ils ne parlaient que de
lui) s’est trouvé nettement mieux après être allé faire une promenade en forêt.
Etonnant, non ? Quand la crise est profonde, il suffit que les conjoints
remplissent des grilles « d’auto-observation de la communication » pour que les
choses s’arrangent. Les TCC conseillent d’apprendre à s’accepter mutuellement.
Ce qui est tout à fait innovant.
En onze pages de bons conseils mielleux qui tiennent de la préparation
religieuse au mariage,
le couple est invité à analyser constamment ses sentiments positifs et ses
sentiments négatifs, peut-être que cela aide à ce que le courant (alternatif ?)
passe mieux…
Pas un mot bien sûr sur la sexualité du couple.
On y vient quand même…
La « sexologie clinique scientifique » fait des miracles :
« …c’est pourquoi des traitements sexologiques ont été mis au point qui
résolvent définitivement les problèmes sexuels en 5 à 25 séances » p.767
Cette « sexologie clinique scientifique » est nettement supérieure à la
psychanalyse pour résoudre les problèmes sexuels : Après huit ans de
psychanalyse pour un problème d’éjaculation précoce qui n’était pas résolu, un
patient en fut guéri, selon l’auteur, après dix semaines de sexothérapie. P. 769
les couples peuvent également être traités par la sexologie clinique
scientifique :
« Qui en effet pourrait contester le fait qu’un couple qui se dispute
continuellement vit une sexualité perturbée ? Partant de ces évidences, le
sexologue clinicien compétent évaluera toujours l’entente conjugale avant de
débuter un traitement sexologique. En effet, à quoi servirait d’améliorer la
sexualité des individus ou du couple si l’atmosphère générale est malsaine,
conflictuelle ou dysfonctionnelle ? Il est donc sage de référer le couple en
conflit à un thérapeute de couple ou à un conseiller conjugal. » p.770
Car la sexualité est primordiale, contrairement à ce que pensent les
psychanalystes :
« Lorsqu’un conflit conjugal est réellement présent, il arrive bien souvent que
le couple affirme que tout s’est dégradé à cause de la sexualité. Faut-il
rejeter du revers de la main cet argument comme le font certains psychanalystes
de couple ? » p.771
On trouvera, bien sûr, les listes « de psychanalystes de couples » dans toutes
les associations d’analystes.
La sexologie clinique scientifique a des outils :
« ..moins fascinants que ceux de la psychanalyse, mais beaucoup plus utiles. Ils
se nomment le bon sens, l’observation, la recherche et l’esprit critique » p.772.
Le bons sens n’est peut-être pas un ennemi de la science, mais le scientifique
doit se méfier de toute subjectivité et peut-être en premier de son « bon sens
».
Mais l’auteur utilise des données qui interpellent concernant l’éjaculation
précoce :
En Occident un homme sur trois est concerné.
« Notons également que les primates anthropoïdes proches de l’homme éjaculent
toujours en moins de dix secondes. Le bon sens nous pousse dès lors à supposer
que l’homme a naturellement tendance à éjaculer vite. Ce ne serait donc qu’un
raffinement de notre société de loisirs et de plaisir que de vouloir prolonger
un acte génétiquement programmé pour être bref. » p. 774
On est en droit, et le bon sens ne nous contredira pas, de penser que la
jouissance est une invention comme le fait l’auteur. Notons cependant que l’éjaculation
précoce est répertoriée au DSM IV avec le numéro 302-75, DSM auquel les TCC font
fréquemment référence.
Allons plus loin encore, la spécificité de la « jouissance », propre à l’espèce
humaine,
n’est-elle pas une l’interrogation majeure de la psychanalyse ? N’en
constitue-t-elle pas la racine avec ce que Lacan nomme « le désir » et auquel il
consacra trente ans d’enseignement ?
Tout le monde descend
C’est presque sur un hommage à Freud que se termine l’ouvrage.
Se diriger « vers la fin des idéologies en psychothérapie » p.819 semble
effectivement être une nécessité. La psychanalyse, avec la dogmatisation de ses
gadgets inutiles ( l’universalité de l’Œdipe, la primauté du phallus, la
castration etc..) et les énormes bêtises qu’elle a pu proférer du haut de sa
suffisance est devenue une dictature chimérique de la pensée. Cela n’en fait pas
pour autant un savoir sans consistance ni sans effets thérapeutiques.
« Les données actuelles de la génétique montrent que l’héritabilité ne
représente que 40% dans l’origine des troubles psychiatriques, le reste demeure
explicable par des processus sociaux, interpersonnels, le développement
psychologique individuel et des événements qui surviennent dans la vie de chacun.
» p. 806
Quels étaient donc ces chiffres avant que Freud et la psychanalyse ne viennent
donner un grand coup de pied dans la fourmilière de l’hérédité-dégénérescence ?
Mais s’il est de mode et de bon ton de dénoncer la psychanalyse, on ne peut que
constater que la critique contemporaine n’est pas « politiquement neutre ». Sur
deux ouvrages critiques importants parus en France, aucun ne tient compte des
violentes critiques dont la psychanalyse fut l’objet dès les années soixante-dix
par les intellectuels français. La critique actuelle, non seulement les ignore
superbement, mais promeut les TCC venant droit d’outre Atlantique avec une
confiance aveugle dans leurs actions thérapeutiques.
Qui en effet peut penser qu’un schizophrène peut guérir en remplissant des
grilles d’évaluation et en se fixant sur des pensées positives ou que l’éjaculation
précoce peut être « guérie » en quelques séances ? Caricaturer la psychanalyse
est un jeu d’enfant, la dénoncer comme inutile pour mettre à la place des
thérapies dont on ne dénonce pas les dérives possibles et les abus que ces
dérives peuvent entraîner est plus grave.
Que les TCC le veuillent ou non, le transfert sur le thérapeute est une réalité
incontournable.
Il faut cependant prendre en compte ces nouvelles approches thérapeutiques sans
perdre de vue le contexte idéologique et environnemental d’où elles viennent.
Toute approche médicale ou thérapeutique obéit non seulement aux lois des
découvertes scientifiques, mais également aux facteurs économiques, sociaux et
culturels. Or, les TCC ne présentent aucune innovation scientifique, le
remplissage de questionnaires associé à la méthode Coué à laquelle on rajoute
des sentiments de culpabilité (le penser positif) ne présente rien de bien
scientifique. Ce qui compte le plus, nous disent les promoteurs des TCC, c’est
l’intérêt des patients, c’est une évidence. Selon le fameux rapport de l’INSERM
(supprimé par le Ministre de la Santé de l’époque) les TCC étaient, après étude,
validées scientifiquement plus efficace que la psychanalyse. Il faut tout de
même garder à l’esprit qu’une « étude scientifique » inclus des paramètres et
peut en exclure d’autres.
Il serait absurde de se fermer aux TCC comme à toute nouvelle approche
thérapeutique.
Les promoteurs des TCC déplorent que le vocabulaire psychanalytique ait envahi
les foules,
les mots tels que « transfert », « Œdipe », « mère castratrice » etc sont
effectivement devenus des termes populaires. Ces termes toutefois ne figurent
pas dans le DSM.
Si ces expressions venues du vocabulaire analytique sont une réalité du langage
quotidien, d’autres termes y ont pénétré à leur tour : qui aujourd’hui ne parle
pas de TOC ? (Troubles Obsessionnels Compulsifs -répertorié au DSM-) et ces
termes de psychiatrie passent dans le langage commun quand augmente encore la
consommation d’anti-dépresseurs et que les TCC sont promues. Est-ce un hasard ?
Michel Mogniat
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